Entrer deux langues, une nouvelle voix: l’art du code-switching

Entrer deux langues, une nouvelle voix: l’art du code-switching
2025-12-19

Longtemps perçu comme une “erreur” linguistique ou comme un signe d’oubli, le code-switching est aujourd’hui reconnu comme une compétence complexe et parfois créative. Dans certains contextes, il va même plus loin que la simple alternance et devient un outil de fusion, à l’origine de nouvelles langues hybrides, comme le Spanglish ou le Frangnol.

 

Une alternance naturelle et structurée
Chez de nombreuses personnes bilingues, le code-switching est fréquent. Ce mélange peut être déclenché par un mot intraduisible, une expression plus adaptée, ou simplement par l’habitude d’évoluer dans un environnement multilingue. Par exemple : “J’ai oublié de prendre el pan pour ce soir, je vais y retourner.”

Loin d’être aléatoire, ce processus suit des règles, parfois inconscientes, qui respectent la syntaxe et la logique de l’échange. Il révèle aussi des dynamiques sociales et identitaires fortes.

 

Quand le mélange devient une langue
À la frontière entre deux cultures, certaines communautés ont poussé ce mélange encore plus loin, jusqu’à créer de véritables formes linguistiques hybrides. C’est le cas du Spanglish, parlé principalement aux États-Unis dans les communautés hispanophones, ou du Fragnol, parlé notamment par des Hispaniques vivant en France.

Ces “langues” ne sont pas simplement des cas de code-switching occasionnel. Elles constituent des pratiques régulières, structurées, avec leur vocabulaire propre et des tournures grammaticales mixtes. Certaines expressions sont même devenues emblématiques, comme “parquear” pour “to park” en Spanglish, ou “vacilar le week-end” en Fragnol, qui veut dire “s’amuser le week-end”.

 

Ni fautes, ni confusion
Ces langues hybrides ne sont ni “pauvres”, ni “incorrectes”. Elles sont le fruit d’un métissage linguistique vivant, souvent mal reconnu par les institutions mais puissamment ancré dans le quotidien. Le code-switching, loin d’être un obstacle à la communication, devient ici un mode d’expression unique, né de la réalité de millions de locuteurs.